| La
Convention d'interdiction établit d'ores et déjà
une nouvelle norme internationale contre l'utilisation
des mines, obligeant les pays non signataires à
se positionner : |
-
les Etats-Unis ont annoncé qu'ils signeraient
en 2006 ;
- la Russie a arrêté la production de mines
à effet de souffle ;
- Israël a suspendu la production et les exportations
de mines antipersonnel ;
- l'Ukraine a entamé la destruction de ses stocks
;
- la Chine a annoncé qu'elle allait contribuer
au Fonds des Nations unies pour l'assistance aux victimes
;
- l'Afghanistan a annoncé sa volonté d'adhérer
au Traité d'interdiction. |
Pour
que les pays non signataires adhèrent le plus rapidement
possible à ce texte, la coopération entre
les Gouvernements et les organismes de la société
civile doit se poursuivre. En 2001, des conférences
régionales en Roumanie ou au Mali ont réuni
des Gouvernements et des associations de la Campagne Internationale,
et abouti à des ratifications et signatures supplémentaires.
Des
rencontres se sont tenues ou se tiendront sur tous les continents
: Amérique latine (Mexique), Afrique (Mauritanie,
Tunisie, Mozambique), Moyen-Orient (Liban, Egypte), Europe
(Suisse), Océanie (Australie), Asie (Bangladesh),
Eurasie (Caucase) et Russie.
Cependant,
l'universalisation ne s'effectue pas aussi rapidement que
le demandent la nature et l'ampleur du problème posé
par les mines. Depuis la deuxième conférence
des Etats parties, 12 pays signataires ont ratifié
la Convention, et 3 non-signataires y ont adhéré
: le Congo, en mai 2001 ; l'Erythrée, en août
2001 ; le Nigeria, en septembre 2001. Malgré le chiffre
impressionnant de 145 signataires, dont 129 Etats parties,
soit près des trois quarts des pays du monde, l'universalisation
reste un défi terrifiant qui nécessite des
efforts accrus de la part des Etats parties, d'ICBL, du
CICR et de tous les autres partenaires du mouvement d'interdiction.
VIGILANCE
Le
respect du Traité par les signataires repose sur
des mesures de confiance et de transparence, et sur l'arbitrage
du secrétaire général des Nations unies.
Cette transparence s'appuie sur des échanges volontaires
d'informations entre les Etats (articles 7 et 8). Ceux-ci
doivent être complétés par un mécanisme
de vérification indépendant. C'est le sens
de la création de l'Observatoire
des mines.
MISE EN UVRE
Concernant
l'application, par les Etats parties, des obligations découlant
de la Convention, l'ICBL juge nécessaire de souligner
les points suivants.
L'article
1 du Traité oblige
les Etats parties à ne pas "assister, encourager
ou inciter, de quelque manière que ce soit, quiconque
à s'engager dans toute activité interdite
à un Etat partie". En pratique, il apparaît
que les Etats parties interprètent très différemment
le terme "assister". La Campagne estime qu'il
est nécessaire de parvenir à une compréhension
commune de ce terme, en particulier lorsqu'il s'applique
aux opérations militaires conjointes, au stockage
de mines antipersonnel étrangères sur le territoire
d'Etats parties, et au transit de mines étrangères
par le territoire d'Etats parties. En effet, par exemple,
la participation à des opérations conjointes
avec une force armée utilisant des mines antipersonnel
va indéniablement à l'encontre de l'esprit
de la Convention d'interdiction des mines, et constitue
peut-être même une violation des obligations
de l'article 1. L'ICBL appelle donc régulièrement
les Etats parties à insister pour que les non-signataires
n'utilisent pas de mines antipersonnel durant des opérations
conjointes, et à refuser de participer à toute
opération conjointe qui impliquerait l'utilisation
de mines antipersonnel.
L'article 2 définit les mines antipersonnel
comme des mines "[conçues] pour exploser du
fait de la présence, de la proximité ou du
contact d'une personne et [destinées] à mettre
hors de combat, blesser ou tuer une ou plusieurs personnes".
Il stipule que les mines antivéhicules munies de
dispositifs antimanipulation "ne sont pas considérées
comme des mines antipersonnel du fait de la présence
de ce dispositif". Cependant, de nombreux Etats parties,
de même que l'ICBL, considèrent que les mines
antivéhicules munies d'allumeurs sensibles ou de
dispositifs antimanipulation sensibles, fonctionnant comme
des mines antipersonnel, sont interdites par le Traité.
Il est nécessaire de parvenir à une position
claire sur cette question, toutes incohérences et
ambiguïtés étant nuisibles à l'intégrité
du Traité. L'ICBL appelle donc les Etats parties
à prendre en compte ce type de mines antivéhicules
dans leurs inventaires et à déclarer officiellement
qu'il est interdit par la Convention.
L'article 4 stipule que les Etats parties sont tenus
de détruire leurs stocks dans les 4 ans suivant l'entrée
en vigueur de la Convention sur leur territoire. Or ce délai
tire à sa fin pour de nombreux Etats parties. Il
est essentiel pour la crédibilité de la Convention
d'interdiction des mines que tous les Etats parties remplissent
cette obligation légale. Ceci demande une volonté
politique et nécessite sans doute une assistance
technique et financière accrue de la part des donateurs.
C'est pourquoi ICBL encourage les Etats parties à
donner la priorité à ce pilier de l'action
contre les mines.
L'article 3 autorise les Etats parties à conserver
un certain nombre de mines "pour la mise au point de
techniques de détection des mines, de déminage
ou de destruction des mines, et pour la formation à
ces techniques". L'ICBL continue cependant à
s'interroger sur la nécessité de conserver
des mines réelles pour la formation et la recherche,
et demande aux Etats parties de ne conserver que "le
minimum absolument nécessaire" de mines antipersonnel.
En effet, les délibérations des comités
permanents ont clairement établi que le nombre minimum
devait se compter en centaines ou en milliers, et non pas
en dizaines de milliers.
L'article
7 oblige les Etats parties à remettre un rapport
d'information sur la mise en uvre de la Convention
au niveau national. Au 1er août de cette année,
37 Etats parties étaient en retard dans la présentation
du rapport d'information, retard supérieur à
deux ans dans certains cas. Or la soumission du rapport
d'information n'est pas facultative, mais obligatoire, et
le délai de 180 jours suivant l'entrée en
vigueur constitue non pas un objectif, mais un délai
légal. L'ICBL encourage les Etats qui peuvent fournir
une assistance pour la rédaction des rapports à
le faire.
L'article 8 appelle les Etats parties à se
consulter et à coopérer afin de faciliter
la mise en application et le respect de la Convention. Or,
au cours de la dernière période couverte par
son rapport, l'Observatoire des mines a recensé l'usage
confirmé de mines antipersonnel, ou des allégations
crédibles dans ce sens, dans 23 conflits impliquant
15 Etats et plus de 30 groupes rebelles. Dans ce contexte,
ICBL appelle les Etats parties à se concerter davantage
et à consulter les acteurs mis en cause par des allégations
d'utilisation de mines, afin de chercher à éclaircir
et à établir les faits, et de résoudre
ces questions "dans l'esprit de coopération"
évoqué à l'article 8. La manière
dont les Etats parties traiteront le problème des
accusations d'utilisation de mines faites contre l'un d'entre
eux est déterminante pour la crédibilité
de la Convention. L'ICBL appelle, chaque fois qu'elle le
peut, les Etats parties à condamner haut et fort
ceux qui décident de ne pas adopter la norme
en particulier ceux qui continuent d'employer des mines
antipersonnel , à condamner les cas d'emploi
régulier et à prendre des mesures concrètes
visant à pénaliser les utilisateurs de mines,
qu'il s'agisse de sanctions diplomatiques ou autres.
L'article 9 stipule que les Etats parties doivent
adopter une législation nationale d'application de
la Convention, incluant notamment des sanctions pénales
en cas de violation future potentielle du Traité.
Or un nombre étonnamment restreint d'Etats parties
a jusqu'à présent voté des lois nationales
d'application 28 selon notre calcul, au lieu
de 20 à cette même époque l'année
dernière. L'adoption de mesures nationales d'application
est une obligation légale pour tous les Etats parties.
L'ICBL insiste pour que tous les Etats parties votent une
législation ou adoptent d'autres mesures légales
afin de permettre la mise en uvre complète
de l'ensemble des dispositions du Traité.